Au cours d’une semaine intensive à Sion, des étudiantes et étudiants issus d’un large éventail de disciplines se sont réunis pour réfléchir aux grands défis contemporains : augmentation des risques naturels et technologiques, précarisation sociale, épuisement des ressources et déséquilibres croissants entre espaces naturels et construits, avec le Rhône comme fil conducteur de leurs réflexions.
En réunissant des perspectives issues de l’architecture, de l’ingénierie, de l’art et du design, du travail social et de la musique, l’université d’été « Worlds in Transition » a favorisé une approche interdisciplinaire visant à imaginer et à concevoir les environnements urbains de demain. Cette diversité de points de vue a permis d’explorer des réponses aux défis posés par les transitions écologiques, sociales et territoriales.
La parole aux habitants
Après une première phase consacrée à la découverte du territoire, à l'analyse de ses enjeux urbains et environnementaux et à la rencontre des acteurs locaux, les équipes d'étudiants se sont rendues sur le terrain. Leur mission consistait à observer, écouter et dialoguer avec les habitants afin de mieux comprendre comment ceux-ci vivent la ville aujourd'hui et comment ils en imaginent l'avenir. Cette semaine a mêlé visites de sites, travail de terrain, ateliers, séances d'accompagnement et élaboration de projets.
Ce processus immersif a donné lieu à des propositions réfléchies et ancrées dans le contexte local. Chaque équipe a élaboré une vision d'avenir pour un site spécifique de Sion, en abordant des thèmes tels que la transition urbaine, la qualité de l'espace public, la durabilité et la participation citoyenne.
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Les conflits d'usages dans le cadre de la 3e correction du Rhône
Nous nous intéressons aux conflits d’usage concernant le terrain situé au sud du lac des Îles de Sion. Ce secteur est destiné à être intégré au projet d’élargissement du Rhône afin de favoriser la renaturation du cours d’eau et de constituer une zone d’expansion des crues. Toutefois, le terrain appartient à la Bourgeoisie de Sion, qui souhaite préserver sa vocation récréative et de loisirs. Cette situation met en évidence la coexistence de visions parfois divergentes concernant l’avenir du site.
Nous avons élaboré des questions visant à recueillir les représentations et les attentes des différents usagers du lieu. Plutôt que de sonder leurs opinions sur un projet précis, nous avons choisi de les inviter à imaginer librement l’avenir du site. Les participants ont ensuite dessiné directement sur les images leurs aménagements idéaux. Cette approche nous permet de conserver une trace visuelle et personnelle de leurs représentations tout en favorisant un échange spontané.
L’analyse des données consiste ensuite à identifier les convergences et les divergences entre les différents imaginaires. Nous prenons ainsi en compte plusieurs acteurs : le Rhône lui-même, dont les contraintes hydrauliques orientent le projet ; la bourgeoisie de Sion, propriétaire du terrain ; la ville de Sion, qui soutient le projet de renaturation ; les usagers rencontrés sur le terrain ; ainsi que la biodiversité et le lac des Îles, éléments essentiels du système écologique local.
Notre démarche vise à mettre en dialogue ces différentes voix afin de mieux comprendre les tensions, mais aussi les points de convergence, entre les usages sociaux, la prévention des risques et la préservation de la biodiversité. Ces différentes voix sont également représentées par un enregistrement sonore, à la fois global et parfois cacophonique, illustrant les échanges entre des acteurs dont les aspirations et les enjeux ne coïncident pas toujours. La question reste cependant de savoir quelle place et quelle importance accorder à chaque voix ?
Équipe : Olivia Manz (MsE), Amélie Heeb (MATS), Huiduo Xu (HEM)
Imaginaires et usages d’un cours d’eau banni de la ville
La ville de Sion se caractérise par un environnement très minéral et un manque d’accès direct à des espaces naturels agréables. Au cœur même de la ville coule pourtant la Sionne, un cours d’eau aujourd’hui largement invisibilisé, canalisé et tenu à l’écart des usages urbains. Ce constat soulève une question : faut-il repenser le rapport de la ville à cette rivière ? Et surtout, que souhaitent les habitant·e·x qui vivent et fréquentent ces lieux au quotidien ?
Notre démarche part de cette réflexion pour explorer comment la Sionne pourrait être mise en valeur en ville, en poursuivant trois objectifs :
- favoriser une perception positive des cours d'eau en milieu urbain ;
- proposer des activités favorisant la socialisation tout au long de son parcours ;
- répondre de manière plus globale aux enjeux sociétaux liés à l'eau et au vivant en milieu urbain.
Pour cerner ce rapport au territoire, nous avons sélectionné cinq lieux le long de la Sionne et sommes allés à la rencontre de personnes ou de groupes de personnes d’horizons divers. Deux outils ont structuré ces échanges. Le premier est un dispositif de collage participatif : pour l’un des cinq lieux, les personnes interrogées étaient invitées à coller des autocollants ou à dessiner directement leurs envies, exprimant ainsi les modifications, mineures ou majeures, qu’elles souhaiteraient voir apportées à leur environnement urbain. Le second consiste à soumettre, pour chaque lieu, une proposition d’aménagement – certaines sobres et réalistes, d’autres volontairement extravagantes – afin de recueillir les réactions spontanées des habitant·e·x et de faire émerger, par contraste, leurs attentes et leurs réticences.
Équipe : Gaëlle Copt (JMA), Jérémy Bussard (MsE), Ana Cristina Malta Aleixo (MATS), Iurie Surguciov (HEM)
Un réseau d’îlots disséminés dans la ville de Sion pour renouer avec le fleuve et comprendre, ensemble, sa troisième correction.
Depuis le XIXe siècle, deux opérations de rectification ont dompté le Rhône : pour protéger la plaine des crues et gagner des terres, on l’a redressé, endigué et on a asséché des zones humides. Mais ces travaux ont également éloigné le fleuve des villes : derrière ses digues, il est devenu invisible.
À Sion, la rivière coule à deux pas du centre-ville, et pourtant elle reste davantage un décor qu’un espace partagé. La 3e correction change de logique en redonnant de l’espace au fleuve : on élargit son lit, on restaure ses berges et sa biodiversité, on rouvre l’accès à l’eau.
L’Archipel du Rhône est une proposition concrète, destinée à être mise en œuvre dans l’espace public de Sion : des îlots, modules réels et reproductibles, qui rendent le fleuve visible en ville. Tous partagent la même typologie, celle de la digue, afin qu’on les reconnaisse d’un seul coup d’œil. Chacun d’entre eux rassemble de la végétation, des activités ainsi que des récits, des témoignages, des repères historiques et des enjeux futurs, afin de faire découvrir une facette du Rhône. Un îlot-cœur fixe sert de port : on s’y rassemble, on s’y oriente, on en part. Autour, des îlots plus légers rayonnent et se déplacent, tels les bras d’un fleuve retrouvé.
Trois idées constituent le fil conducteur : un Rhône vivant, qui retrouve de l’espace ; un archipel au sens d’Édouard Glissant, qui relie sans uniformiser ; une continuité écologique, où un maillage végétal commun dessine un corridor d’un îlot à l’autre. Rendre le Rhône à Sion, c’est faire de ce fleuve invisible un espace commun, où la ville et ses habitant·e·x réapprennent à se reconnecter au fleuve.
Équipe : Leoni Lembach (HEAD), Marta Rende (MsE), Loana Pittet (MATS), Jorge Alberto Lopez Pérez (HEM)
Revaloriser l'espace des digues du Rhône grâce à un sentier d'observation et d'exposition artistique
Notre projet s’articule autour de la mise en place d’un parcours sensoriel et ludique, ponctué de points d’intérêt aménagés à intervalles réguliers entre le site de l’Archipel et l’entrée des îles. L’idée est de relier de manière plus harmonieuse le parcours longeant la digue de la ville à l’espace de loisirs des îles. Cet espace éloigné n’est pour l’instant pas vraiment accueillant pour les piétons.
Ces points, situés à proximité de lieux d’intérêt, prendront la forme de plateformes en bois de récupération durables (qui resteront en place jusqu’à la mise en œuvre de la troisième correction du Rhône) et ne présenteront aucun risque supplémentaire en cas de crue.
Nous avons lancé deux appels à candidatures pour des résidences artistiques : une première résidence pour la création d’aménagements en bois (les plateformes) et une deuxième pour mettre en place une exposition saisonnière sur les plateformes, qui serait renouvelée chaque année. L’objectif et les critères de sélection ont pour thème la mise en valeur de l’environnement et de la biodiversité, la création d’un point d’observation et de propositions originales, y compris sur les espaces de espaces communs-négatifs qui occupent une place importante le long du parcours.
L’accent est mis sur une transformation positive de l’image du Rhône, qui permettrait de renouer le contact avec les habitant·e·x. Le projet comporte une dimension sociale et la volonté d’impliquer la population (notamment les écoles, par exemple) est vivement encouragée.
Équipe : Barnabé Devaux (MsE), Céline Stuby (MATS), Lou Iribarne-Carpentier (HEAD), Clément Hussont (HEM)
Le temps fort de la semaine a été la présentation finale des projets. Les étudiants ont partagé leurs idées, leurs scénarios et leurs propositions de conception avec leurs partenaires, les acteurs locaux et le grand public. Ce fut un moment inspirant qui a démontré l'intérêt d'allier l'expertise universitaire aux expériences vécues et aux connaissances des communautés locales.
Un grand merci à tous les étudiants, partenaires, intervenants et habitants qui ont apporté leur temps, leurs idées et leur enthousiasme tout au long de la semaine. Ensemble, ils ont contribué à ouvrir de nouvelles perspectives sur l'avenir de Sion.


















